DU CHEMIN DE RANDONNÉE AU CHEMIN DE CROIX EN PASSANT PAR LE JURIDIQUE ET LE NUMÉRIQUE

Héloïse vous avait pourtant mis en garde !  Ne faut-il pas se méfier d’une Organisation qui ressemble à un parti politique ? Ne faut-il pas se méfier d’un secteur juridique qui oublie de respecter son propre règlement ?

Un secteur juridique qui a l’outrecuidance de s’adresser aux comtés en ces termes :

« Nous allons vous apprendre ce que c’est qu’un contrat, pour ceux qui l’ignorent. »

Donne-t-il envie de rejoindre la grande famille conviviale de l’Organisation en prévenant dans le même envoi :

« Pour vos nombreux litiges… Pour vos litiges nés du refus d’une subvention… Chers comtés, quand vous êtes en situation de créancier impayé… Ou quand vous engagez une procédure parce qu’on vous refuse l’accès à un local public (… ) S’il le juge utile, notre service juridique vous dirigera vers notre spécialiste au cas où l’impact financier d’un litige ou le poids procédural d’une action devant les tribunaux vous ferait hésiter à mener des poursuites (… )

Revenez donc vers notre service juridique car il vous aidera à anticiper dans la sérénité vos prochains litiges. » ?

Venir nombreux donner du travail au spécialiste payé pour aider le service juridique de l’Organisation, voilà un délicieux programme ! Que d’alléchantes perspectives pour les présidents de comté !

Dans la même envolée lyrique le gratte-papier promettait de vérifier au bout de quelques années si l’argent avait été bien dépensé et si le secteur juridique de l’Orga avait eu raison de se faire seconder. Que de contagieuses ambitions !

Ceux qui se laissèrent convaincre ou même séduire par des procédures si agressives et de telles perspectives, étaient passés, semble-t-il, d’un statut de « pratiquants » de l’activité de randonnée à celui de « croyants » d’un autre temps ou d’autres contrées.

Le contre poison existe un peu partout ; ce sont des groupes informels de randonneurs que leur refus de toute structure protège assez bien de la contamination. Un soir, dans un refuge de moyenne montagne, on vit une sorte de foule joyeuse qui occupait presque tous les dortoirs. C’était en fait un groupe, constitué de nombreux sous-groupes, familiaux ou amicaux, certains se connaissaient déjà, d’autres faisaient connaissance en attendant le dîner.

À la question « où irez-vous demain ? » on nous répondait rarement avec précision. Il fallait demander au « chef » ! Le « chef » fut long à repérer car rien ne le distinguait des autres. Sa table toutefois était fort animée, on y prenait l’apéritif sous forme de bon vin du pays. Le « chef » s’amusa beaucoup de nos questions : non, ce n’était pas un club, il n’y avait pas d’assurances, et il n’y aurait aucune assurance ! L’expression « agrément ou immatriculation tourisme » fit éclater de rire le « chef » qui n’avait nullement l’intention de concurrencer les agences de voyage. Il n’organisait pas non plus une randonnée dont le parcours était tracé d’avance car il allait où le conduiraient ses pas, dans un massif dont il connaissait comme sa poche le moindre recoin. Il savait seulement que le lendemain, dans une fourchette horaire de son choix, il ramènerait ses compagnons anciens et nouveaux au point communiqué par un courriel quelques jours plus tôt.

C’était chaque année sa façon de fêter le printemps. Des mois à l’avance il louait les dortoirs d’un refuge pour un week-end. Il réservait aussi le dîner. Puis tout en prenant les inscriptions, il se faisait rembourser, sans réaliser le moindre bénéfice. Chaque année son groupe d’amis et de relations grossissait. Chaque année il refusait des inscriptions car le week-end de printemps d’X était de plus en plus connu et apprécié. Mais il ne voulait pas faire plus que cette unique sortie annuelle.

Il marchait d’un bon pas, sans abandonner les traînards ni se sentir responsable d’eux. Il ne prenait pas ombrage si quelques fonceurs le doublaient, mais n’indiquait pas pour autant où il fallait se retrouver. Il n’avait jamais perdu personne et personne ne l’avait quitté en chemin. Il se réjouissait de la fidélité des anciens et s’amusait de découvrir les nouveaux. Un admirable électron libre.

On n’aurait pu susciter en lui le désir de rejoindre notre Organisation en évoquant les plus savoureuses lettres du secteur juridique, comme celle qui est citée en début de chapitre, mais on tenta de le séduire en vantant l’œuvre du balisage dont il faisait profiter ses troupes. Comme il vivait au pays, il répondit qu’il payait des impôts locaux et entendait bien que cela servît à l’entretien des chemins balisés autant qu’à celui des routes.

Rien ne l’attirait : ni notre convivialité, ni nos formations, ni le bonheur de numériser des itinéraires ou de participer à de grands jeux de plein air !  Son sourire narquois en disait long sur ce qu’il pensait de notre prosélytisme naïf et besogneux !

Pour finir, voyant notre peine, il vint à notre secours, charitablement, en promettant que si l’Organisation avait un jour l’idée de vendre bon marché, à côté des licences pour son peuple de croyants, de simples cartes ou timbres d’Amis des Sentiers, sans exiger en retour de certificat médical, sans proposer de jouer ensemble, sans chercher de lien sentimental autre que cette simple marque de soutien aux beaux chemins, alors, entre les fromages et le dessert, il placerait autant de cartes que de participants à son week-end et se ferait un plaisir d’envoyer à l’Organisation la somme récoltée.

Il ajouta aussitôt qu’il priait l’Orga de ne pas fourrer son nez dans ses affaires… Il estimait d’ailleurs qu’il lui rendait service car il travaillait pour la protection des sentiers en les faisant découvrir bénévolement chaque année.

On quitta cet homme éperdu de reconnaissance, soudain conscient que, grâce à lui et à ses semblables, le chemin de randonnée ne devenait pas systématiquement un chemin de croix ! Il rappelait opportunément que l’indépendance d’esprit et la liberté d’action avaient encore droit de cité.

Que devenaient tous les autres… que nous avions tant écoutés ?

La voix berçante de Purgon les entraînait vers des excès dont ils ne voyaient même plus le ridicule. Purgon assénait des sottises d’une façon tellement pontifiante, avec un tel aplomb, que c’était seulement une fois rentrés chez eux et lorsqu’ils relisaient leurs notes qu’ils s’en rendaient compte. L’illustre docteur avait exigé de l’assiduité des RMS  (Randonneurs en Mauvaise Santé) :

- « On ne vient pas marcher tous les trois mois, pas question ! On doit venir RÉ-GU-LIÈ-RE-MENT ! »

- «Comme d’autres font œuvre d’utilité publique, nous ferons œuvre de santé publique !  D’ailleurs les revues scientifiques font état de plus en plus souvent de nos remarquables ordonnances où nous sommes désormais prescripteurs d’activité physique!»

- « Point d’effort, point de label, et c’est un médecin qui parle aux médecins » clamait encore Purgon avant de partir longuement en vacances en Asie, comme chaque année.

- « Hélas, il y a plus de 10 ans que je parle de RMS, mais le précédent président ne daignait pas lire mes textes ! » ajoutait-il encore avant de priver l’Orga de sa science pour de longues semaines.

Purgon se répandait partout car les comtés, chloroformés par sa logorrhée, achetaient des formations de soi-disant haute tenue – en réalité parfaitement ennuyeuses.

Pendant ce temps, la présidente, qui n’avait jamais eu la force de conviction d’un Purgon, faussait compagnie aux comtés et à leurs représentants pour gambader de ci de là, à la recherche de breloques à suspendre sur ses corsages, en l’honneur de ses années de dévouement à l’Orga. Cette quête l’occupait fort, et lorsque la plus importante décoration demandée lui fut accordée, elle prit le temps de roucouler d’aise et de remercier les comtés qui, à l’entendre, étaient partie prenante de cette gloire. Elle mesurait les progrès accomplis, sachant parfois reconnaître ses plus lourds défauts, comme cette manie qu’elle eut longtemps de dire à tout un chacun du mal de son voisin, et elle calculait la distance qui séparait l’avorton qu’elle fut à la lumineuse créature désormais décorée,  honorée à l’égal du plus héroïque soldat de l’empire napoléonien. Même en se brossant les dents chaque matin, la présidente se sentait grandie.

Décorés par présidente interposée, les comtés n’en étaient pas moins bernés. Depuis que l’Orga s’investissait à fond dans le numérique, on ne voyait rien de bien nouveau, en dehors du montant des dépenses, qui devenait astronomique. Mais le trésorier de l’Organisation, un grand dépendeur d’andouilles, avait appris bien vite à transformer les soustractions en additions et à éviter le vilain mot de déficit. Les clubs étaient chargés de numériser gratuitement et si possible par plaisir chaque itinéraire, en faisant bon usage du GPS… il n’y avait là rien de neuf. En revanche, ce qui ne s’était jamais vu et était vanté comme une gâterie par la présidente et sa coterie, c’était que l’outil obtenu à  partir de la numérisation de tous les itinéraires du pays, assortis de renseignements sur la qualité des chemins et la description du patrimoine, serait désormais payant pour ses auteurs ! On le disait autrement : les clubs ne payeraient pas mais les comtés pour la première fois  participeraient aux dépenses à hauteur de plusieurs milliers d’euros… chaque année ou une fois pour toute, le mystère restait entier.

La tâche de numériser les itinéraires s’annonçait longue car bien des clubs ne songeaient pas à faire ce travail ; certains s’y employaient au seul bénéfice de leurs adhérents, sans penser à satisfaire cette lointaine et méprisante Organisation. D’autres omettaient de lui transmettre les données numérisées. Tout finirait par arriver, mais si lentement ! Si lentement que bien des communes auraient fini le travail avant les bénévoles de l’Organisation.

Curieusement, du côté des gros sous, il sembla moins rude qu’on ne craignait de rouler les comtés dans la farine. Les orateurs de l’Organisation étaient les rois de l’enfumage. Ils parlaient et se voulant rassurants ils détournaient l’attention des représentants des comtés des réalités fâcheuses. En bref, lors des assemblées générales chargées d’approuver les décisions prises en haut lieu, les participants tétanisés par l’admirable longévité de l’éternelle brochette trônant sur l’estrade – Gaby, Ephraïm, Ahenobarbus, Théodule, renforcés par intermittence de Zorro ou Onésime – l’attribuaient à leur compétence. Après avoir bu les paroles de ces incomparables chefs, ils votaient à une forte majorité ce qu’on attendait d’eux. Ainsi, la plupart des comtés donnèrent l’impression qu’ils se sentaient très honorés qu’on prenne dans leurs économies.

Ces présidents étaient-ils comme le musicien du conte qui, dans une même folie, vend en même temps que son violon son âme au diable ? A l’Organisation, on se mettait à adorer le veau d’or et l’on ne parlait plus que d’argent, surtout celui qui ne rentrait pas dans les caisses ! Vendre ! vendre ! vendre ! et savoir vendre, on ne connaissait plus que ce credo. L’Orga qui avait si bien su grossir se montrait incapable de maigrir, ce que la situation commandait de faire. Sous l’influence déplorable d’un Zorro, elle baptisa « prestation de service » tout ce qu’elle faisait auparavant bénévolement et pour le plaisir. Chaque «prestation de service » était évaluée et l’on devait en recevoir le prix. Ce qui ne pouvait être ou devenir une « prestation de service » était voué à la mort puisqu’on ne pouvait en attendre aucune rémunération.

Les jeunes et leurs tentatives pour créer des associations, l’aide au balisage des sentiers que proposaient parfois les scouts, les sorties autour des écoles, les randonnées avec des étudiants tout cela était oublié, au profit de la nouvelle religion d’une Orga désormais assoiffée de bonnes affaires.

Si les RMS ou les handicapés continuaient à susciter de l’intérêt, c’était seulement en fonction des subventions qu’ils pouvaient rapporter… salvatrices subventions, qui ne profitaient pas qu’aux RMS ou aux handicapés.

Face aux difficultés et aux tricheries dont ils n’eurent pas tout de suite conscience, quelques comtés sentirent qu’ils étaient passés du chemin de randonnée au chemin de croix.

Les beaux souvenirs du don véritable précédant cette marchandisation tous azimuts leur revenaient en mémoire.

Ahenobarbus rêvassait dans son bureau de l’Orga ; il songeait aux valeurs associatives qu’on prônait jadis dans la salle des fêtes de son village dite salle des associations, construite 40 ans plus tôt par des bénévoles sur leur temps de loisir… lui qui aimait se plonger de temps à autre dans la chaude atmosphère de son comté, se souvenait-il des beaux discours prononcés en ce lieu ? L’on y retrouvait, agrégés en toute innocence, la richesse géologique du comté, le triomphe qu’avait été l’élection de la dernière Miss appelée à devenir Miss France, les bébés lecteurs de la bibliothèque municipale, l’élevage des animaux de laboratoire, encore une spécialité locale, l’association de football, l’association chargée de fleurir la ville,  la bien-nommée « Indomptable » notre fanfare municipale, et nos vaillants clubs de randonneurs !

Comme tout cela semblait loin du nouveau code prôné sans complexe vantant ces «prestations de service » qu’il convenait d’évaluer puis de réclamer puisque toute peine mérite salaire.

Ahenobarbus se redressa et chassa ces mauvaises pensées en repassant pour la centième fois en boucle sur son ordinateur la petite vidéo de l’agence Frick. L’Organisation avait confié sa réalisation à cette agence et venait de la payer au prix fort mais on ne lésinait pas quand il s’agissait de l’édification morale des comtés. On y voyait deux randonneurs-baliseurs enfin revêtus d’un dossard de Baliseur officiel  - la demande d’un tel vêtement avait mis trente ans à être satisfaite – se promener en ayant en mains le fameux GPS servant à relever l’itinéraire et ses caractéristiques. La courte vidéo montrait ensuite l’envoi au siège de l’Organisation de ces données, leur traitement pour en faire un outil national. La troisième partie était illustrée par une famille se promenant grâce au GPS qui avait remplacé le guide de randonnée. Un papi valeureux lisait même sur le petit écran de son GPS le commentaire historique d’un château à l’intention de son petit-fils.

Tout cela semblait déjà de la vieille histoire, et pourtant les membres du Bureau ne songeaient à rien de plus ni de mieux pour justifier une importante participation des comtés, renouvelable par abonnement chaque année – c’était à craindre.

Les comtés rappelaient une petite oie anglaise nommée Jemima Puddle Duck merveilleusement dessinée par Beatrix Potter. Cette oie naïve pensait que grâce au renard elle connaîtrait les joies de la maternité dont elle était privée par la fermière qui ramassait ses œufs et l’empêchait de les couver. En effet, le renard séduisit Jemima et l’entraîna chez lui puis se proposa de surveiller les œufs pondus dans son terrier par l’imprudente volatile. Il l’envoya même faire des courses et la petite oie aux ailes couvertes d’un châle portait son panier qu’elle allait innocemment remplir de ce que demandait le renard plein de cynisme : de la sauge et des herbes aromatiques parfaites pour accommoder les omelettes et le ragoût d’oie !

Remplacez le renard par la direction de l’Orga et l’agence Frick, remplacez les œufs par les itinéraires qu’il est possible de numériser, les comtés deviennent des oies, autant de Jemima… Vous avez une idée du petit drame qui se noue là aussi ! Sous prétexte de protéger on s’accapare un bien fort banal mais devenu précieux, les sentiers. On se rend indispensable, ou l’on persuade qu’on est devenu indispensable, on exploite le bon peuple en prétendant faire son bien, point de salut ni de randonnée en dehors de l’Orga. Rien ne manque au tableau, pas même « nos valeurs » car le renard, s’il songe à dévorer Jemima, est un esthète plein de politesse et un épicurien qui pense aux épices.

Que deviendraient les comtés incapables d’honorer leur créance issue du projet numérique ? Sous quelle forme et pour combien de temps allaient-ils s’engager ? Comme on était loin des insouciantes randonnées, le brin d’herbe à la bouche ! Zorro fouettait les troupes en leur parlant de rendement nécessitant qu’on renvoie rapidement les données numérisées au siège de l’Orga, de provisionnement afin de prévoir les sommes à payer longtemps à l’avance, de fabuleux retour sur investissement. Tous ces soucis étaient par la magie de son verbe transformés en merveilles qu’il expérimentait avec bonheur dans son propre comté. Mais si Zorro aimait retrouver dans ses loisirs l’atmosphère qu’il avait connue dans une vie antérieure de commercial chevronné, de quel droit se permettait-il de l’infliger à tous les comtés ? On s’opposait en vain à tout cela… Zorro n’en avait cure.

Zorro et ses amis étaient trop bornés pour deviner qu’un jour la randonnée reprendrait le dessus, que ce soit sur le terrain à la faveur d’une autonomie limitée des  batteries de GPS, ou dans la tête des gens lassés de la lecture des écrans, et dans les locaux des comtés où les trésoriers seront fatigués des comptes devenus complexes et angoissants.

Chacun se dira qu’un sentier mérite avant tout qu’on le parcoure, que « nos valeurs » sont devenues d’hypocrites alibis, que tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse ! Le religieux perd la foi et recouvre sa liberté de pensée. Il abandonne à d’autres le chemin de croix pour retrouver joyeusement le chemin de randonnée.

LA MEILLEURE FAÇON DE MARCHER…(C’est encore la nôtre !)

Une carte prémonitoire

 Cette année la carte de vœux de l’Organisation est prémonitoire en ce sens qu’elle annonce sans le dire (ce qui est bien dans sa façon de faire) les catastrophes à prévoir en 2012.

On ne niera pas que le photographe a du talent : sa photo est belle, distinguée, élégante.

Mais pour une fois que l’Organisation a suivi des conseils avisés en renonçant à engraisser une agence pour créer sa carte de vœux annuelle, pour une fois qu’elle réalise des économies et fait preuve d’originalité, il a fallu que le concours mis en place pour choisir la meilleure photo, récompense la plus triste.

Triste n’est pas assez fort, les vœux de l’année sont lugubres. Les gris et les noirs dominent un paysage lunaire où se détache un personnage qu’on pourrait, sous une autre lumière, prendre pour un randonneur. Mais cet être égaré qui s’appuie sur son bâton n’a dû plaire qu’à Purgon, capable d’y voir une promotion des RMS (Randonneurs en Mauvaise Santé).

En réalité, la pauvre silhouette isolée, coiffée d’un chapeau vaguement melon, pensive sur son bâton, évoque aussi Charlot. Souvenez-vous de lui : Charlot ne marche pas, il titube… quel étrange choix a fait la chère Organisation car on aime Charlot mais d’une affection mêlée de pitié pour l’éternelle victime qu’il représente.

À moins que cette ombre noire qui s’est soudain arrêtée, après avoir semé ses deux compagnons d’infortune, qu’on aperçoit au second plan, ne soit un candidat au suicide. L’heure est propice, tout comme le lieu, car en quelques pas il sera au bord de la falaise et rien ni personne n’arrêtera son saut dans le vide.

Le deuil habite ce paysage crépusculaire. Le sol croûteux décourage la marche ; point de sentier, l’endroit est trop dangereux ! Ou bien le sentier est si mal tracé et si peu entretenu qu’on a préféré le prendre en photo un soir où un épais brouillard le cache aux yeux des curieux.

Une montagne surgit au loin, sur la mer. Elle est aussi inhospitalière que le reste du paysage. On est sur un terrain difficile, on y voit donc cet homme isolé, désemparé, et en toile de fond un jour qui ne se lèvera jamais. Qui veut s’arrêter au milieu de cette désolation ?

Ce n’est même pas une bonne année 2012 que l’Orga souhaite à ceux qui reçoivent sa carte tout en grisaille, non, elle leur souhaite une année riche en découvertes. Est-ce prudent ? On n’exclut pas cette année de  faire de regrettables découvertes…

De notre côté, pour les 11 mois qui restent, nous souhaitons aux randonneurs mieux que les fantômes de la carte, si peu engageants ! Nous désirons pour eux la lumière, les couleurs chaudes et la vie, c’est le spectacle quotidien qu’offrent les sentiers.

QU’ALLIEZ-VOUS FAIRE DANS CETTE GALÈRE ? (2ème partie)


C’était aussi un grand plaisir que de se retrouver tôt le matin dans une salle de classe rurale, toute décorée des travaux d’élèves.

Par exemple dans cette école maternelle proche d’une montagne dont on apercevait de la cour la retombée en falaises des hauts plateaux. La maîtresse, déjà dans les préparatifs, accrochait contre la grille ouvrant sur la cour un vaste calicot à la gloire de l’Organisation. Ce grand calicot allait servir de fond à la photo de la classe au complet. Il s’agissait de la classe qui avait balisé autour de son école un chemin en boucle de 5 km, dont on fêtait l’inauguration.

La maîtresse nous fit les honneurs du préau qu’occupaient les travaux de l’année. On y retraçait, par des photos et des dessins d’élèves, l’ensemble des étapes qui avaient précédé le balisage du sentier, depuis la rencontre avec le maire, la visite au cadastre, jusqu’à la peinture des marques, en passant par le repérage sur le terrain, les sorties, et cent préparatifs auxquels on ne pensait pas toujours, nous les élus qui croyions tout savoir!

À leur arrivée les enfants écoutèrent avec patience quelques discours dont celui du haut dignitaire représentant l’Organisation, le nôtre. Puis en présence du maire, fut coupé le ruban portant nos couleurs. Moment plein d’émotion !

On parcourut le nouvel itinéraire sur deux kilomètres, adultes et enfants mélangés, les seconds conduisant les premiers à travers le village puis jusqu’à l’orée des jolis bois qui le cernaient.

Notre président de comté était là, fier lui aussi du travail de l’école. En bonne compagnie nous allions ainsi à la découverte du patrimoine de cette région fait ici d’un vieux cadran solaire, qui avait disparu pendant des années sous le lierre, et de curieuses boules dites apotropaïques sur le chaînage d’angle d’une maison. Un journaliste et un photographe de la presse locale nous escortaient avec bonheur.

A la fin de la matinée, nous prenions congé de la maîtresse et du président du comté. Plein d’espoir ils nous demandèrent si NPLR, notre fameux journal, allait relater cet événement qui faisait honneur à toute l’Organisation et prouvait l’attachement des plus petits à la randonnée. Mais nous avions passé l’âge des promesses inconsidérées ! Nous étions désormais capables d’affirmer que le prochain numéro de NPLR était bouclé, le suivant aussi. Nous défendions nos journalistes, des professionnels et non des amateurs ! Les enfants pouvaient attendre, à l’évidence le sujet n’était pas porteur pour NPLR. Intérieurement le vieil administrateur songeait à la possibilité d’un article dans NM, mais la perspective de passer au moins une heure au téléphone à tenter de convaincre Pâquette le détourna d’une telle corvée à l’issue incertaine.

Affronter Eliette pour un article sur internet ou remplir la boîte à idées de Chérubin en faveur des tout petits qui se sont mobilisés pendant un an pour un sentier … tout cela ressemblait à un parcours du combattant fort dissuasif. On ne s’y risquait plus, connaissant le peu d’intérêt de l’Organisation pour les jeunes, en dehors des discours convenus. On crut se racheter quelque peu en distribuant aux enfants de vilains porte-clés siglés, peu conformes aux velléités de développement durable de l’Orga, laissés pour compte de la dernière Rando-Gaz, embarqués à la va vite pour parer à toute éventualité.

Les élus, heureux d’être partout bien accueillis, accompagnaient tous les projets des randonneurs. Là où nous passions, une claque nous escortait si bien qu’on finissait par trouver normaux ces applaudissements nourris, c’était un point qui nous rapprochait de certains régimes politiques.

Aussi avait-on multiplié les occasions d’applaudir. S’applaudir pour commencer car on n’est jamais mieux servi que par soi-même. Théodule, Ephraïm, Ahenobarbus, pour ne citer qu’eux, et la présidente elle-même, commençaient souvent leur harangue par un « Je me félicite » catalyseur d’applaudissements. Quand il n’y avait pas lieu de se féliciter, ce qui arrivait de plus en plus souvent, la formule ne variait pas : on se félicitait de la situation qui aurait pu être pire !

Entre soi – on disait en interne – on se congratulait également. Les salariés remerciaient les élus, lesquels remerciaient les salariés ainsi que les bénévoles. Tout le monde remerciait les baliseurs – puis les remerciements étaient suivis d’applaudissements, pour le travail accompli ou le titre obtenu, ou pour la réussite de telle manifestation ou de telle randonnée.

On applaudissait aussi nos partenaires, comme Gaz Panama, pour ses généreuses subventions. On applaudissait les politiques qui se tenaient debout derrière le micro ou assis dans de bons fauteuils, appliqués à nous vanter ce qu’ils avaient déjà fait et ce qu’ils avaient l’intention de faire pour l’environnement, le développement durable, la randonnée, dans leur commune, leur canton ou leur région.

On applaudissait avec dévotion les plus humbles, ces modestes qui parcouraient nos sentiers et contribuaient à leur entretien.

Comme on ne pouvait poursuivre de nos applaudissements tous les randonneurs sur les chemins où ils se promenaient, on avait créé des évènements pour les rencontrer, des fêtes de la randonnée, des Grandes Sorties et des jeux appelés Rallye Rando où ils se retrouvaient bien volontiers.

Le jeu ou la randonnée finie, les gagnants, fourbus et heureux, étaient invités à monter sur l’estrade pour se voir remettre une coupe et des félicitations. Les troupes de l’Orga, massées au pied du podium, frénétiques, applaudissaient, fidèles au rite.

Au milieu de la fête, nous étions, nous les élus, un peu acteurs, un peu spectateurs ;  quel était donc notre plaisir ? Le respect du budget prévu et des règles du jeu, un itinéraire pittoresque sur de beaux sentiers, des vainqueurs satisfaits et des perdants sans amertume, voilà ce qui nous rendait aussi heureux que les participants. Nous faisions découvrir la région et la randonnée, que demander de plus ?

En prime, lors des manifestations de grande ampleur, l’Organisation offrait le distrayant spectacle de ses élus en pleine action, du vrai théâtre de rue.

De bon matin, Onésime, tel un saltimbanque, se posta au niveau d’un portique où passèrent un grand nombre de marcheurs sortis de leur autocar. Onésime était coiffé d’un large bob estival, vêtu d’un short blanc, chaussé de gros godillots de marche, qui ne lui servirent qu’à piétiner toute la journée. On ne se lassait pas de le regarder ni de l’entendre hurler :

- « Allez-y, messieurs-dames, c’est par ici que ça se passe, approchez ! venez ! venez ! Une belle casquette, plus le guide de la journée, et encore une gourde et une pomme, tout ça dans le sac, et des sacs il y en aura pour tout le monde ! »

Il y ajoutait de grandes embrassades, quand il reconnaissait les membres de son cher comté. Plût au ciel qu’il fût aussi efficace dans le domaine que la présidente lui confia ! Mais ne gâchons pas cette belle journée par des remarques aussi mesquines que désobligeantes !

Oui, les élus de cette fédération étaient restés de grands enfants, des sortes de scouts montés en graine, sujets aux élans d’enthousiasme quand ils se rassemblaient en une foule impressionnante pour exprimer leur amour de la nature et des sentiers ! L’autosatisfaction était alors à son comble. Oui, Gaby était dans ces jours fastes leur cheftaine bien aimée, dont on pouvait presque croire les paroles quand on l’entendait vanter dans le micro « nos valeurs et notre générosité » !

La fête sous le soleil était parfaite. Même le bitume se faisait aimer à l’égal du sentier campagnard.

Là bas, tout petit sur cette vaste place parisienne, on reconnaissait Ephraïm gai et souriant, lui si ennuyeux d’habitude. Et plus loin, sautillant joyeusement comme un cabri d’un groupe à l’autre, c’était Ahenobarbus dont on apercevait la crinière blanche.

Un air de kermesse gaie accompagnait toutes les grandes manifestations de l’Organisation, contrastant avec l’atmosphère pesante des bureaux du siège parisien. Comme nous tous, Gaby aimait ce bonheur, et elle se concentrait sur son rôle, sans facilité, sans grâce, mais avec une application scolaire, pour rencontrer les « sportifs de haut niveau » ou les « pipoles » qui fréquentaient nos grandes sorties.

Elle répondait aux questions des journalistes avec enthousiasme, ce qui faisait un peu passer sa voix nasillarde, répétant pour la millième fois que les randonneurs licenciés formaient une grande famille unie et heureuse, que mis bout à bout les sentiers français étaient aussi longs que la distance de la Terre à la Lune, et que l’harmonie du monde était, si l’on voulait bien y réfléchir, maintenue par l’Organisation.

Emus, admiratifs, les élus partageaient son bonheur.

QU’ALLIEZ-VOUS FAIRE DANS CETTE GALÈRE ? (CONTE DE NOËL)

          La mise en abyme est un récit dans le récit, un tableau dans le tableau. C’est un procédé de style. Quand Benjamin Rabier dessina « la vache qui rit » de la célèbre boîte de fromage, il réalisa une mise en abyme par le jeu des boucles d’oreilles, reproduction de la même boîte. Aucune vache ne protesta.

Une certitude : la mise en abyme peut atteindre moralement ceux qui, contrairement à la vache de Benjamin Rabier, manquent d’humour.

 Cette fois, j’ai posé à quelques élus de l’Organisation la question suivante :

 « qu’alliez-vous faire dans cette galère ? »

 Voici la lettre et la réponse qu’ils ont bien voulu m’adresser.

Héloïse

 

            Les innocents, chère Héloïse, n’en ont aucune idée – aucune idée de ce qu’ils allaient faire dans cette galère ! Ceux qui connaissent La Fontaine savent que le sentier lui-même peut être hostile :

 «Dans un chemin montant, sablonneux, malaisé

Et de tous les côtés au Soleil exposé »

 

En réalité la marche sur les sentiers n’a pas grand chose à voir avec le travail d’administrateur à l’Organisation, même si le plaisir de randonner fut pour beaucoup des nôtres le point de départ qui détermina cet engagement.

Que la randonnée fût ou non pratiquée a cessé d’avoir de l’importance : nous étions si nombreux à l’Organisation à avoir renoncé à randonner, faute de temps !

Restaient les visites rendues à ceux qui en faisaient encore leur passe-temps préféré.

Les visites que nous faisions aux comtés : voilà la première partie de notre réponse.

 Signé : trois administrateurs (illisible) de l’Organisation

 

 

De la visite réussie d’un comté il restait en général quelques photos et beaucoup de bons souvenirs. Les bons souvenirs, voilà ce nous fidélisait, nous les vieux de la vieille, voilà ce qui déterminait notre attachement indéfectible à l’Organisation.

Au fur et à mesure que les années passaient, les anciens visiteurs désapprenaient tout autre activité, il ne leur restait plus que cette Orga semblable à une vieille maîtresse, qu’on aimait moins pour la connaître trop bien, mais qu’on ne parvenait pas à quitter.

 

- « Encore lui ! murmurait-on dans les comtés, mais c’est son 4ème ou 5ème mandat ! »

 

Et pourtant, qui n’a pas vu Ahenobarbus frétiller d’aise dans une salle municipale sonore, pleine à craquer pour la fête des randonneurs, n’a rien vu !

Qui n’a pas vu Ahenobarbus s’épanouir en entendant ce public chanter un hymne de marche, ne connaît rien à la convivialité !

Qui n’a pas vu Ahenobarbus se réjouir de nouer autour de son cou le même foulard rouge que ses ouailles du comté, ne sait rien du plaisir d’être tous déguisés de la même façon.

Qui n’a pas vu la joie d’Ahenobarbus lorsqu’il lève d’une main encore ferme son verre à la santé de tous, ignore comme on peut être heureux de trinquer en compagnie de ceux qui partagent « nos valeurs » !

 

En début d’année les comtés se rappelaient au bon souvenir des élus par une carte de vœux, aujourd’hui virtuelle, souvent originale. Bien rangées, ces cartes évoquaient nos déplacements réussis.

Heureux visiteurs, nous étions reçus comme des rois ou des ambassadeurs, remerciés dès l’arrivée d’être venus de si loin, alors que le premier plaisir, en dépit de la fatigue, c’était justement ces voyages.

Ces voyages nous faisaient traverser la France du Nord au Sud, d’Est en Ouest, et nous instruisaient sur ce beau pays ; il changeait ou restait le même, tel qu’il était, il nous intéressait, fidèle ou pas au souvenir que nous avions gardé de lui.

 

Comparer et observer, cela nous charmait. Si Paris et surtout certaines banlieues donnaient l’impression de régresser et de se dégrader, faute d’un renouvellement rapide des transports en commun, les provinces semblaient plus belles et plus riches qu’autrefois. On apercevait ici le tramway, là les éoliennes, ailleurs tel monument ou tel musée restauré, tant de choses dignes d’admiration.

Pour tout visiter il aurait fallu plusieurs vies mais grâce à l’Orga on avait un aperçu qui aiguisait la curiosité, et en repartant on se persuadait qu’on reviendrait sans tarder.

Quelquefois, ceux qui nous accueillaient prévoyaient une promenade avant ou après la réunion de travail. Ils se souvenaient que l’Organisation trouvait sa raison d’être dans la randonnée et ils se doutaient qu’une telle distraction nous ferait plaisir. Ils se débrouillaient pour dénicher le meilleur, dans un temps qui serait court : ils nous emmenaient vers un joli point de vue, une montée à travers la forêt, un nouveau sentier, une haie restaurée ou encore un chemin côtier repris à ceux qui l’avaient privatisé. Le choix était toujours judicieux.

Si l’on dormait sur place, on avait en prime, une promenade souvent guidée dans les rues de la ville ou le plaisir d’une nuit calme dans un petit hôtel de village. À moins que notre hôte ne nous fît l’honneur d’une chambre dans sa propre maison. On passait alors une soirée en compagnie de sa famille. On rencontrait le temps d’un repas l’homme ou la femme qui partageait la vie de notre hôte et l’on voyait d’un œil attendri ou étonné la place que le couple acceptait de donner à l’Organisation.

Certes, comme au niveau le plus élevé de l’Organisation, se trouvaient dans les comtés des chefs inamovibles et autoritaires, des clans qui se jalousaient, des conflits ouverts ou larvés, des mesquineries de toute sorte. Mais leur étalage était épargné aux visiteurs qui venaient rarement pour jouer un rôle d’arbitre.

Le comté montrait son savoir-faire et  attendait nos récits. On se donnait l’impression d’être ces colporteurs d’un autre temps, qui sortaient des trésors de leurs sacs ! quels trésors ? des récits, de simples récits : nous racontions ce que faisaient les autres comtés, ce qu’on disait et pensait « en haut lieu ». La presse de l’Organisation pouvait bien fournir des pages et des pages d’information, d’actions et d’exemples, cela ne remplaçait pas notre présence, nos anecdotes, ni nos simples paroles autour d’une table chaleureuse.

On partageait un bon repas, agrémenté des spécialités régionales de la meilleure provenance. On nous informait sur les usages et les traditions de la province où nous passions. On nous questionnait sur l’Organisation. Nous les élus, représentions nos hôtes pour quelques années. Ils venaient donc aux nouvelles : que devenait tel administrateur, ce vieux cheval blanchi sous le harnais ! où en étaient nos Éditions, quels étaient les grands projets. Chacun avait l’impression d’appartenir à une grande famille qu’un goût commun pour la randonnée rassemblait régulièrement. On finissait même par se convaincre de l’excellence de l’Organisation.

Qu’elles étaient loin de nos esprits ces indigestes feuilles écrites par un service juridique en mal de querelles ! Oubliés le jargon des communicants, les phrases creuses des Purgon et consorts pour réclamer aux associations des certificats médicaux ! Oubliés les propos convenus, les débats sans intérêt qui constituaient peu à peu le parcours devenu chaotique de l’Organisation. L’espace d’un moment privilégié, la dernière randonnée dominicale ainsi que les sentiers semblaient les seules préoccupations de ceux qui nous recevaient. Dans ces moments, disons-le sans détour, nous étions heureux.

La galère et sa chiourme n’étaient pas les images qui nous venaient à l’esprit en cet instant de bonheur.

Aux randonneurs solitaires allait notre respectueuse et secrète admiration. Aux associations et aux clubs nos applaudissements et nos encouragements. C’est que les randonneurs des associations et des clubs se rendaient indispensables en travaillant pour tous et en faisant nombre. C’est grâce à eux qu’on pouvait tous profiter des sentiers balisés. C’est grâce à la force qu’ils représentaient qu’on pouvait déplacer, jusqu’à l’orée des chemins, les officiels, tel le maire de la commune et les quelques élus du Conseil Général ou Régional concernés par nos projets. Ils arrivaient en grande pompe ou très simplement, mais c’était toujours un temps fort pour nos hôtes. Face à eux, ces derniers faisaient valoir que nous venions exprès de Paris ou de plus loin encore pour inaugurer, récompenser, admirer au nom de l’illustre Organisation.

Nous étions des invités de marque. Cela flattait notre ego mais nous donnait aussi des obligations.

On goûtait en réduction aux plaisirs et aux soucis des politiques : retenir le nom de celle qui nous conduit dans sa voiture, ou le visage de celui qui nous accueille ! Connaître le territoire qui nous recevait, et même savoir s’il votait à droite ou à gauche. Passer sans lourdeur du merveilleux voyage solitaire et léger, près de la vitre où défilaient les paysages, tandis que l’on révisait mentalement ce qu’il fallait dire et savoir, aux cordiales salutations, aux retrouvailles joyeuses sur le quai de la gare.

 

De très loin les préférences d’un des nôtres allaient aux visites individuelles, sur un thème précis, plutôt qu’à la grand’messe où notre cohorte imposante quittait les locaux de l’Organisation et se rendait en province, pour une assemblée nommée parfois congrès ou séminaire.

Même lorsque nous venions en force, il n’était pas désagréable de se retrouver confortablement assis, à l’écoute d’un politique présentant avec brio ou lourdeur les attraits de sa région !

On n’oubliait pas de sitôt le conseiller général évoquant avec enthousiasme les aménagements d’une vallée pour les randonneurs et les cyclistes. On ne restait pas non plus insensible à la majesté de la vaste salle où fut signée une célèbre paix. Comme on aurait aimé que la présidente fût au même niveau que les politiques du cru !

- « Ché pas si vous vous rendez compte, tout ce monde dans cette salle des fêtes et même des handicapés, ça fait chaud au cœur ! »

Hélas !  il était écrit que la Communication de l’Organisation ne lui viendrait jamais en aide.

Certains se disaient  ou confiaient à leur voisin :

- « Vivement la fin des discours officiels ! »

Sous prétexte qu’on avait tant à dire et à faire, nous les représentants de l’Organisation. Ce point de vue était étranger aux amateurs de politique locale. Là où nous nous rendions, l’enjeu était si léger qu’on pouvait se contenter des seconds couteaux.

- « Monsieur le Maire, empêché … Madame l’adjointe aux sports, également sollicitée pour un autre évènement … »

Que nous importait ! Le plaisir était le même, qu’on entendît un maladroit ou une talentueuse débutante dont on aurait dû retenir le nom.

Arrivait enfin le temps des discours de l’Orga, sur l’Orga, pour l’Orga ! Nous formions une troupe attentive qui écoutait les exposés des siens, surtout quand il s’agissait des représentants du siège national, toujours trop bavards, et s’en défendant. Que de longs et ennuyeux morceaux débutaient ainsi :

- « Je réponds rapidement… »

Pourtant on écoutait sans déplaisir tous ces discours, sagement inscrits à l’ordre du jour, dont les thèmes se nommaient avenir des Éditions, montée des nouvelles technologies – un train à ne pas rater ! – avancées de la randonnée en Europe voire dans le vaste monde, situation financière, nouveaux partenaires, médias de l’Organisation etc

Lorsqu’on voyait apparaître sur l’écran de la salle le dernier organigramme, on s’amusait d’y apprendre quelque nouveauté car le qui fait quoi de l’Orga ne cessait de changer.

Enfin, toujours trop tard, toujours trop peu de temps, les représentants des comtés prenaient la parole pour évoquer leurs expériences.

Tel comté du nord faisait randonner des prisonniers en fin de peine, telle association du sud parvenait à toucher les femmes des quartiers difficiles, les enfants de cette école avaient retrouvé et nettoyé un sentier qui aurait disparu de la commune faute d’entretien… On ne se lassait pas d’entendre ce qui faisait leur fierté.

 

Ils soulignaient aussi leurs difficultés humaines et financières, s’informaient sur la meilleure manière de recruter des bénévoles compétents, sur leurs responsabilités et leur rôle d’employeurs lorsque le comté avait des salariés. Ils nous disaient leurs espoirs, leurs déceptions et leurs travaux.

Les comtés donnaient toute sa valeur à l’Organisation. Au point qu’un des plus profonds désirs des salariés, c’était de s’y rendre plus souvent. À juste titre la Présidente le souhaitait, mais elle ne réfléchissait pas assez au subtil équilibre à trouver entre le désir des comtés – recevoir les élus, tous bénévoles – et l’intérêt des salariés, ceux du siège comme ceux des comtés.

Comme d’autres velléitaires avaient crié :

« l’Europe ! l’Europe ! »,

notre Organisation clamait sans relâche :

« Le réseau ! le réseau ! »

façon de dire qu’elle se croyait au cœur et au service des comtés mais elle ne convainquait pas car on en restait aux déclarations d’intentions.

Il arrivait même que des comtés gardent secrètes les actions entreprises par certaines de leurs associations !

On eut l’exemple d’un club prenant en charge des convalescents auxquels il proposait des randonnées adaptées à leur faiblesse. Pourquoi le meilleur des nôtres, Purgon, n’était-il pas dans le coup, lui qui désirait tant distribuer aux plus méritants le label RMS (Randonneurs en Mauvaise Santé) ? On apprit que ce club et son comté redoutant d’être critiqué, corrigé, dirigé par la commission médicale ou le service juridique de l’Organisation, préféraient qu’on les ignorât.

Il nous vint alors à l’esprit qu’en accordant plus d’aide, en imposant moins de réglementation, on ne nous cacherait plus ces excellentes actions !

Mais nous étions, sans nous rendre compte de cette dérive, de plus en plus directifs et autoritaires.

Non, non, restons optimistes, sinon vous allez croire, Héloïse, que nous étions dans une galère !

En réalité, en fin d’après-midi, étourdis de discours, heureux, bras dessus bras dessous, nous quittions la salle de conférence pour finir gaiement la journée.

Dans nos chambres, les comtés attentifs avaient déposé des spécialités régionales, quelques souvenirs à rapporter chez nous, des berlingots de Nancy, des champignons séchés des Ardennes, une bouteille de champagne, le meilleur chocolat de Bayonne, une mignonnette de Calvados… sans oublier les vestes ni les polos siglés.

Le dîner nous comblait tout autant. La bonne chère et le bon vin rendaient nos tables si joyeuses que nos soirées s’achevaient parfois par des chants.

 (à suivre)

FORMER (FORMATER ?) UNE IMPORTANTE PRÉROGATIVE (Dernière partie)

L’Organisation avait méthodiquement défini quelques filières de formation. Elle avait classé le public à former en cinq catégories : randonneurs, animateurs, baliseurs, dirigeants, formateurs. Dans chaque comté existait une commission de la formation que coiffait la Commission Nationale de la Formation (et son Burfor). Les commissions des comtés faisaient localement les formations, la Commission Nationale organisait le calendrier et validait.

Il convenait d’instruire et bichonner les randonneurs. Le plus facile était de s’adapter aux souhaits du premier niveau, celui des randonneurs. Un randonneur, membre d’une association ou simple participant lors d’une sortie collective, était toujours heureux qu’on lui apprît, s’il l’ignorait, comment utiliser une carte de géographie, une boussole ou un GPS, quelle était cette plante, quel oiseau chantait ainsi, quel animal laissait de telles empreintes dans la terre ou la neige…

Tout cela pouvait entrer dans le cadre de stages de botanique, de géologie, d’ornithologie et d’autres spécialités à proposer à ceux qui souhaitaient approfondir leurs connaissances.

Apprendre aux randonneurs comment éviter de se perdre et de se mettre en danger, conseiller les inconscients qui sortaient de leur voiture en espadrilles et en short pour affronter les Andes, oui, pour tout cela l’Organisation était dans son rôle. On la jugeait plus utile à la société ainsi que lorsqu’elle recherchait des fonds pour alimenter la croissance de sa propre bureaucratie.

La formation devait aussi aider les animateurs qui organisaient des randonnées ou qui désiraient se perfectionner dans cet art. De celui qui emmenait des groupes randonner, on attendait qu’il n’abandonnât pas son troupeau au premier orage venu, en détalant à marche forcée sans vérifier si on le suivait. Il avait à connaître quelques règles de sécurité, par exemple quand il traversait ou empruntait une route qu’il ne pouvait éviter.

Accompagner un groupe durant quelques heures ou quelques jours requiert des compétences et quelques connaissances.

Mais le désir de bien faire et le bon sens pratique l’emportaient sur bien des contenus de formation que l’Organisation souhaitait imposer. C’est qu’elle se sentait ici en plein dans ses prérogatives et elle veillait jalousement à ne pas laisser échapper ce qui lui revenait. Mais, comme chacun sait, le mieux est l’ennemi du bien !

Les baliseurs qui, d’une certaine manière, aménageaient le territoire, constituaient le public le plus spécifique de l’Organisation. En effet, seule l’Organisation par le biais de ses baliseurs, prétendait laisser une trace pérenne sur le sol, les arbres ou les poteaux. Nos baliseurs, disait un fidèle membre de l’Organisation, ne sont pas des « tartineurs » de peinture ! Il existait des règles pour pratiquer cet art. Les baliseurs étaient passés d’un savoir empirique au respect d’une charte qui rendait le balisage aussi discret qu’efficace. Une petite formation s’avérait donc nécessaire pour maîtriser ce domaine. Une formation plus approfondie était réservée à ceux qui ne se contentaient pas de baliser mais prétendaient créer de nouveaux itinéraires pédestres ou transmettre les données du système d’information géographique.

Les dirigeants d’associations et de comtés, parfois devenus des employeurs, désiraient être formés pour jouer ce rôle délicat. L’Organisation avait prévu des modules de formation sur le droit du travail, les assurances, la sécurité, l’art de bien communiquer. Elle ne négligeait pas les trésoriers débutants des associations en proposant parfois des formations en comptabilité.

Enfin, les formateurs eux-mêmes devaient être formés et l’Organisation leur avait mitonné d’étranges sessions. Telle cette formation sur deux jours ( !) en Méthodologie-Pédagogie dont il y avait tout à craindre car Adélaïde, dans sa présentation, précisait qu’elle donnait des outils mais ne dispensait aucun contenu de formation. On ne pouvait mieux promettre aux inscrits le vide sidéral !

D’un autre côté, on se faisait rassurant : il n’y avait pas d’évaluation, mais une attestation de suivi de stage. Pourtant les formateurs du module « Méthodologie-Pédagogie » affirmaient qu’ils considéraient l’évaluation comme une résultante logique de tout acte de formation…

Les stagiaires étaient gâtés : on leur présentait la filière formation de l’Organisation et cela occupait déjà une partie de la première journée.

Selon la note explicative, ils allaient maîtriser le référentiel de compétences du formateur, bénéficier d’une approche méthodologique commune de l’action de formation, expérimenter des outils et des méthodes d’intervention. Enfin suprême bienfait, le stage leur apportait les bases de la relation pédagogique et de la communication.

L’emploi du temps précis des deux journées ménageait des séquences passe partout comme la présentation du stage, celle des intervenants et celle des stagiaires en binôme.

- Qui êtes-vous ? (soyez bref dans vos réponses)

- Quel est votre engagement dans la rando ?

- Quelles sont vos attentes en venant à ce stage ?

Puis les stagiaires construisaient une situation d’apprentissage. La notice répétait, sans doute pour mieux convaincre, qu’on leur donnait déjà le référentiel de compétences du formateur.

En résumé, par la vertu de deux jours de travail interactif, travail en sous-groupes suivi du rapport de chaque sous-groupe et de l’indispensable synthèse, on mettait chaque stagiaire en possession de la « Notion de trame de variance et d’évaluation »

Les trois repas et les deux pauses prévus dans ce stage de Méthodologie-Pédagogie aidaient-ils à faire passer la notion de trame de variance et d’évaluation ? c’était une bonne question à se poser !

L’Organisation tentait aussi de mettre en chantier une VAB, Valorisation des Acquis de Bénévoles, comme une loi de 2002 lui prescrivait de faire. Mais la contestation s’y donnait libre cours et on la laissait en sommeil la plupart du temps.

Par malheur, l’Organisation négligeait totalement certaines catégories de randonneurs réels ou potentiels. Les jeunes faisaient partie des laissés pour compte. Non pas laissés pour compte d’une rhétorique où quelques-uns se distinguaient ! En voici un échantillon recueilli aux meilleures sources :

« Il faut reconstituer les clientèles et rechercher les jeunes dans la pyramide de Maslow. Les jeunes cherchent des prestations non marchandes et non encadrées. Mettons des passeurs à la place des encadrants, proposons des sorties hors de la zone de confort des adolescents, c’est ainsi que nous réussirons à séduire les catégories entre 15 et 25 ans. »

Clara Biscotte ne faisait pas tant de façons, elle qui déclara un jour dans une importante réunion plénière :

-  « Les jeunes ne veulent pas randonner ? Eh bien tant mieux ! Qu’ils restent entre eux et avachis devant la télé, à l’Orga ce n’est pas notre problème. »

Les jeunes ne rapportaient rien, n’achetaient pas de licences… ils n’intéressaient pas Clara qui réservait ses faveurs aux vieux, exclusivement.

À quoi ressemblaient les formateurs de l’Organisation ? Ils avaient souvent acquis leur savoir-faire sur le tas. On les situait, comme toujours et selon les échos amusants des stagiaires, du meilleur au pire ou du pire au meilleur. Mais comme l’Organisation prétendait souvent vendre ses formations, mieux valait recevoir des éloges plutôt que des volées de bois vert.

L’apprentissage de la marche nordique rencontrait du succès ; certains formateurs étaient excellents.

Dans d’autres domaines, on voyait se constituer des petites féodalités. Telle présidente de comté assurait à ses formateurs une sorte de chasse gardée :

-    « Ce sont MES formateurs et pas question qu’on en choisisse d’autres ! »

Il arrivait qu’on entendît :

-   « J’ai voulu m’inscrire en ligne pour une formation d’animateur, je m’y suis pris dès que j’ai eu connaissance du catalogue des formations et il n’y a déjà plus une place ! »

Oui, les places étaient déjà toutes prises par les copains. Le refusé pouvait toujours se consoler en s’inscrivant au stage de Méthodologie-Pédagogie !

Il était inquiétant d’entendre trop souvent ces deux réflexions désabusées :

-   « On nous a traités comme des gamins et on ne nous a rien appris ! »

-   « Le stage est vraiment trop cher ! »

Certains formateurs prônaient qu’ils avaient « toujours fait comme ça » et n’étaient pas décidés à changer quoi que ce soit. Sinon, ils menaçaient de partir en claquant la porte. Et quelques portes claquèrent dans le secteur formation de l’Organisation !

Dans la catégorie des formateurs à éviter comme la peste, on rencontrait l’amusant Sapeur Camember, ainsi nommé en raison de sa ressemblance avec le célèbre personnage. Le sapeur Camember de l’Orga était connu de tous comme membre de la Commission Nationale de Formation, où il portait le titre ronflant d’ « organisateur de manifestations sportives ».

On le connaissait aussi et surtout parce qu’il avait été traduit en justice par une de ses stagiaires. Cette femme lui avait intenté un procès parce qu’elle n’avait pas supporté ses façons autoritaires d’enseigner en malmenant son public. Le service juridique de l’Organisation, peu avisé, défendit aveuglément « son » formateur qui ne méritait sans doute pas une telle faveur. L’affaire se termina par une sorte de non lieu, la plaignante renonçant à aller jusqu’au bout de cette affaire. De ce jour, Camember eut pour l’Orga un dévouement sans faille.

Il était capable de piquer d’effroyables colères pour un prolongateur électrique mal enroulé, et il enseignait non sans talent les rudiments de l’orientation ainsi que l’art d’utiliser un GPS. Pour en profiter, à l’occasion des stages qu’il organisait, il fallait savoir supporter ses proverbiales incartades. Ses explosions de colère, que déclenchaient donc un câble mal enroulé mais aussi la présence dans son assiette de poisson ou une simple pile de papiers rangée du mauvais côté, le rendaient en réalité inapte à enseigner. Quant à l’organisateur de manifestations sportives qu’il était censé être, lorsqu’il devait collecter les résultats d’un rando rallye dans un tableau Excel, on le neutralisait en l’éloignant des joyeux et bruyants concurrents car on redoutait toujours ses imprévisibles sautes d’humeur.

Il était en dépit de tout un des piliers de la formation dans l’Organisation. Trop peu de gens étaient à même de rire du personnage, par exemple quand on le voyait dormir dans des préaux sinistres et déserts où il préférait passer la nuit plutôt qu’à l’hôtel afin de surveiller le matériel qu’il entreposait pour le rando rallye du lendemain. Cela aussi portait nom dévouement, dévouement stérile mais dévouement tout de même.

Au milieu de ce petit monde, Adélaïde tissait sa toile. Il valait mieux l’avoir pour alliée que pour ennemie. Avait-elle la haute main sur les outils de la formation, ces brochures envoyées aux comtés organisateurs des sessions du « socle basique », du « Randonneur 1 » ou du « Randonneur 2 » ? Certains comtés les recevaient à temps pour leurs formations. D’autres non ! Il était déconseillé de court-circuiter Adélaïde ou de lui manquer d’égards. Un comté fut ébahi de l’entendre affirmer qu’elle devait valider une formation en y apposant sa signature, sinon c’était « sans valeur ».

Imaginons l’oiseau rare, un animateur ayant bénéficié des formations de l’Organisation et présentant le profil idéal, le nec plus ultra des présidents d’association de randonnée.

C… vérifiait avant chaque randonnée que les inscrits étaient bien à jour de leur licence et avaient fourni leur certificat médical. Par faveur exceptionnelle, il acceptait ceux qui apportaient le jour de la sortie  le certificat médical manquant.

Au départ, il faisait le comptage méthodique des participants, et jetait un œil aux chaussures de randonnée afin de renvoyer dans leurs foyers les plus mal équipés.

Il ne laissait rien au hasard et prévoyait même où il ferait la pause pour la consommation d’une barre de céréales. Il entendait faire de la randonnée une marche hygiénique.

Il y avait du militaire dans l’âme de C… dont le maître mot était PARTICIPER. Il avertissait, six mois à l’avance, que les inscriptions pour la galette des rois de son association étaient déjà ouvertes. On était prié de participer, soit pour l’installation des tables soit pour la plonge et les rangements.

C… président modèle, exigeait de tous ses accompagnateurs qu’ils aient le « Randonneur 2 », à défaut du BO.

Quand on le poussait dans ses retranchements, C se montrait plus royaliste que le roi et rêvait d’interdire la randonnée à ceux qui n’achetaient pas la licence de l’Organisation.

Ses rêves les plus fous étaient peuplés de tourniquets équipés de cartes à puces à l’entrée des sentiers. La carte était délivrée par l’Organisation aux seuls animateurs détenteurs du BO. Chacun pouvait être accompagné d’un petit groupe. Les randonneurs étrangers devaient se reporter à la liste des diplômes équivalents, déposée au ministère des sports et consultable sur internet.

Pour couronner le tout, C… savait faire travailler le service juridique de l’Organisation, autre raison pour cette dernière de l’admirer et de lui être reconnaissant.

Un jour, il en rêvait aussi, C… aurait sa photo dans un des journaux de l’Orga, NPLR ou  NM aux côtés de Gaby, LA PRÉSIDENTE.  Il en était persuadé, et ce serait un jour de gloire. Un membre du bureau de son comté lui avait suggéré que ce pourrait être à l’occasion d’une de ces intronisations pinardières, dont l’Orga semblait se faire une spécialité depuis quelque temps… mais nous abordons là le thème des grandes réjouissances de l’Organisation…Patience !

 

 

 

LA MEILLEURE FAÇON DE MARCHER (C’est encore la nôtre !)

Patientez : la fin de la Formation arrive bientôt ! C’est pourtant un sujet inépuisable, mais il en est d’autres à l’Organisation, me forçant à faire des sacrifices !
Le courrier que vous m’adressez est tout aussi passionnant. Je ferai bientôt état d’une lettre que la Présidente de l’Organisation en personne a adressée à Héloïse. Pour vous faire patienter, en voici le début, seulement le début :
“Chère Madame,
Par le biais du présent blog, vous nous instruisez de la façon la plus amusante…”
À bientôt !
Votre dévouée Héloïse